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Comment
traduire l'inconnaissable en termes du connu.
Pourquoi
le réalisateur de Dobermann veut faire un documentaire sur le shamanisme
shipibo ?
Après mon film Dobermann où j'avais pu exprimer, avec une joie
de sale môme, mon anticonformisme viscéral, je sentis qu'il était temps
que j'aborde enfin le sujet de la réalité de mon existence jusque-là joyeusement
chaotique, et de ma place dans l'univers...
Mais
par où commencer ?
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Verrouillé
par nos sens, on ne peut voir qu'une dimension de la réalité. Avec
nos yeux, nous ne percevons qu'une faible partie de la réflexion
du spectre de la lumière sur la matière. Il en est de même avec
le reste de nos sens. J'ai toujours eu la conviction qu'il existe
d'autres dimensions, que notre cerveau et notre système nerveux
sont un filtre pour notre conscience.
Un
filtre nécessaire pour appréhender le monde matériel, mais un filtre
trop souvent source de doctrines culturelles, morales et scientifiques
qui nous envoient une image réductrice de l'Univers. Donc la question
restait pour moi en suspens... est-il possible un instant de déchirer
le voile ?
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Shamanisme
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Mis
à part le bouddhisme, et la tradition dzogtchen du Tibet qui parle
de techniques terriblement contraignantes pour approcher l'Invisible,
je ne trouvais pas dans les religions d'approches satisfaisantes.
Je me suis alors plongé dans les écrits des mystiques. C'est ainsi
que j'ai croisé le chemin du shamanisme. Au travers de lectures,
j'ai pu découvrir la vie de ces hommes, les shamans qui à l'aide
de plantes, de méditations, de chants et de rites voyagent dans
l'Invisible.
A
la différence de ce que j'avais lu auparavant, les shamans n'apportaient
pas de réponses, ils ne faisaient que rapporter leurs constatations
et, sur la base de leurs propres expériences, établissaient leur
système de croyances. Leur rôle : guider les âmes dans leurs quêtes
personnelles.
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Même
si pour la plupart des occidentaux, les shamans sont considérés avec condescendance,
amusement voir peur, comme des sorciers qui utilisent des drogues puissantes,
qui entrent en transe, et qui vivent en dehors de la réalité...
Je
suis parti à leur rencontre au Mexique dans la sierra des indiens huichols,
reconnus pour leur shamanisme actif dont les sources remontent à plusieurs
millénaires. Là, j'ai côtoyé des shamans et partagé leur rite du peyotl.
De cette première expérience, je suis revenu troublé mais insatisfait.
Aucun lien personnel ne s'était tissé entre nous. Alors je suis reparti,
cette fois dans la jungle péruvienne où existe un shamanisme très puissant
associé à la plante sacrée l' Ayahuasca : " la liane de l'âme ". Après
plusieurs rencontres et expériences avec des curanderos (guérisseurs)
et des brujos (sorciers), j'ai rencontré " Questembetsa ", un shaman Shipibo-conibo,
qui m'a fait vivre le shamanisme de l'intérieur.

Les
Shipibo-Conibos
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Les
Shipibo-Conibos sont 45 000 et vivent en communauté le long du
fleuve Amazone au Pérou. "Quetsembetsa" est le guide spirituel
de tous les Shipibos-conibos. Un Maître shaman qui forme les shamans
de son peuple. Grâce à lui, nous avons pu filmer une cérémonie
au solstice d'été, qui a duré trois jours et trois nuits. C'est
une fête traditionnelle qui n'a jamais été captée par une caméra
et pour cause elle n'a pas eu lieu depuis 70 ans et n'a été vue
que par très peu de " non indiens ". Grâce a des caméras à vision
nocturne, nous avons pu enregistrer les images de moments uniques.
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Sous
la protection de "Quetsembetsa", j'ai vécu durant ces cérémonies une expérience
qu'on pourrait définir comme une NDE, une expérience de " mort imminente
contrôlée ". Pour moi, c'était une expérience de conscience très forte
où je suis passé de l'autre côté, derrière le miroir. Mon initiation avait
commencé, elle dure depuis plus d'une année. C'est ce parcours initiatique,
le soin que j'ai reçu, qui me permet de pouvoir parler du shamanisme.

Une
technologie de la conscience.
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La
pensée conceptuelle est un outil limité, lorsqu'il s'agit d'aborder
réellement le travail sur la conscience. En effet, la conscience
humaine a une tendance naturelle à s'identifier à la pensée, la
limitant de ce fait. Les shamans eux utilisent une technologie,
un agent extérieur, les plantes sacrées, de puissants psychotropes,
qui permettent à l'individu guidé par eux de " décoller " la conscience
de la pensée. L'inconscient se dévoile progressivement. Au cours
de l'expérience une autre réalité apparaît, observée par l'œil
de la conscience.
S'agit-il
de se souvenir de qui nous sommes ou simplement de le découvrir
?
Sans mot, cette réalité s'exprime parfois dans la terreur, les
larmes et la souffrance, parfois avec beauté, avec des larmes
d'amour devant la magie. Elle vient de l'intérieur de l'Etre,
sous forme d'images archétypales. La réalité est individuellement
déterminée par l'histoire personnelle et la culture de chacun.
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La mythologie nous rassemble tous et les visions puisent à cette source.
Chacun
de nous est un univers infini, dont les anges et les démons sont les pensées,
les émotions, la mémoire, le corps. Mon voyage au fond de la jungle s'est
poursuivi par la rencontre avec des scientifiques travaillant à " l'Aton
Institut " en Norvège un laboratoire travaillant sur la conscience, la
physique quantique, la chimie moléculaire des plantes sacrées, et les
civilisations du passé.

Plantes sacrées ?
Drogues ?
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Le
Psychotrope est une Drogue : le mot est synonyme de déchéance
dans notre culture, mais dans les civilisations du passé, chez
les Incas ou les Egyptiens, ces plantes psychotropes étaient considérées
comme des outils de connaissance, les plantes magiques, les "
plantes maîtres ".
Les
scientifiques témoignent, et expliquent à l'aide de modélisation,
que la clé se trouve dans l'ADN, la programmation génétique, la
glande pinéale, le fameux troisième œil situé entre les deux hémisphères
du cerveau. Les molécules de ces plantes sont pour eux de la nanotechnologie
moléculaire activatrice de conscience. Les anges et les démons
sont le contact archétypale avec l'encodage positif et négatif
de notre ADN. Aujourd'hui les hommes qui savent utiliser ces plantes
sont les shamans. Pour eux, ces plantes sont des outils mis a
la disposition de l'homme par l'Univers pour lui permettre d'entrer
par l'Invisible en relation avec lui.
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Les directions à venir
du film.
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Le
film sera le témoignage d'une aventure personnelle et subjective,
mais n'oubliera pas de montrer aussi les dangers du shamanisme,
celui de se perdre dans la lumière ou dans l'ombre de ses émotions
fraîchement éveillées ; celui de mal interpréter le ressenti ou
les visions au risque d'amener jusqu'à la schizophrénie si le
travail n'est pas fait avec des shamans compétents ou si on ne
l'aborde pas avec une grande discipline et une diète stricte.
Le film montrera surtout le pouvoir thérapeutique de ces shamans
et de leurs plantes, une forme ancestrale de psychanalyse, une
psychothérapie de l'être ayant 4000 ans d'expérimentations. Le
film laissera aussi la parole aux shamans, et montrera que leurs
cultures et leurs croyances découlent de leur connaissance de
l'Invisible. Des images de synthèse reproduiront la puissance
des visions récurrentes et le spectacle, la vision poétique, l'humour
et la terreur que j'ai ressentis en les éprouvant.
Le
film poursuivra son enquête par des entretiens avec des thérapeutes,
des ethnologues, des spécialistes de la chimie moléculaire du
cerveau. Et pour tenter de cerner l'interaction invisible du travail
du shaman vis-à-vis d'un " novice ", nous enregistrerons les ondes
cérébrales entre Questembetsa et moi durant une cérémonie, ce
printemps, afin d'étudier leurs résonances et permettre de les
matérialiser.
Enfin, les entretiens commencés en décembre 1999 d'occidentaux
suivant une thérapie seront poursuivis afin de confronter les
interviews sur maintenant plus d'une année. Mon
expérience personnelle s'exprimera dans le parallèle de témoignage
sélectif entre science occidentale et thérapie indienne.
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Le but, à l'heure
ou l'Occident reconnaît timidement que le bouddhisme tibétain a développé
une connaissance de l'esprit, est de faire ressentir au spectateur que
ces indiens méconnus ont développé eux aussi depuis des milliers d'années
au travers de leur propre science de l'esprit, une véritable technologie
cognitive.
Ces hommes sont pour moi des guerriers engagés dans la voie de la conscience
car pour un shaman, le plus grand allié et le pire ennemi de chaque homme
ne font qu'un : lui-même.
Pour conclure, je garantis que ce film ne sera pas une homélie " new age
" sur la culture de ces indiens. Les autres mondes ne sont pas tous des
mondes de lumière.
Jan
Kounen

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